Dans le cadre d’un concours organisé par la commune de Montriond pour l’aménagement du site de la cascade d’Ardent, la mise en place d’une équipe pluridisciplinaire composée de M’Architectes, Deffert-Baud Architecture, les Architectes du Paysage et Charpente Concept a permis de concevoir une proposition d’ensemble pertinente et performante grâce au savoir-faire de chaque participant. Le travail de l’équipe s’inscrit à la fois dans une grande créativité artistique mais aussi dans une rigueur de travail permettant une proposition réaliste, tant dans son aspect technique et sa mise en œuvre que dans son respect du cadre naturel de l’opération.
Le fil conducteur de ce projet est d’offrir une nouvelle façon de découvrir et d’apprécier ce site touristique majeur de la région en redynamisant sa fréquentation, en améliorant ses usages et en intégrant un volet d’interprétation pédagogique.
La forme donnée à la passerelle est celle d’un disque parfaitement circulaire, une forme épurée et intemporelle. Fruit d’une longue réflexion, elle permet par sa simplicité de s’intégrer au mieux au site. Aussi cette forme permet à l’ouvrage de dépasser le simple rôle de franchissement propre à chaque passerelle en offrant la possibilité d’un cheminement, d’une promenade au-dessus de l’eau. A l’inverse de la passerelle actuel qui ne permet qu’un simple aller-retour d’une rive à l’autre, cette passerelle invite l’utilisateur à choisir son chemin, par l’amont ou par l’aval, et ainsi ne jamais avoir l’impression de revenir sur ses pas. La traversée entre 2 rives n’est donc plus la fonction unique offerte à l’usager.
Grâce à sa forme, la passerelle proposée permet aux utilisateurs soit de venir au plus près du vide pour admirer la cascade, soit de s’en éloigner. Cette ambivalence permet de découvrir et d’expérimenter la dualité de ce site : A la fois rivière calme et chute d’eau impressionnante. On peut alors parler de l’expérimentation de « deux mondes ». En amont : le silence reposant d’une rivière paisible et le paysage bucolique d’un sous-bois. En aval : le bruit de l’eau, la prise en compte de sa force, le crachat des remous et l’expérimentation du vide. Toutes ces sensations enrichissent l’expérience de la traversée de la passerelle. Elles sont toutes accrues grâce à l’utilisation d’un platelage ajouré offrant une vue sur le dessous de la passerelle et permettant donc d’avoir la sensation de voler au-dessus de l’eau.
La rive extérieure de la passerelle est bien entendu sécurisée par un garde-corps en filet métallique car il se veut le plus simple et le plus discret possible pour quasiment disparaitre depuis les vues lointaines sur la passerelle. Pour ce qui est de la sécurisation de la rive intérieure de la passerelle, un garde-corps classique aurait trop de présence et diminuerait les lignes épurées de l’ouvrage. L’idée de supprimer ce garde-corps qui serait trop présent a amené l’équipe à imaginer une sécurisation par recouvrement du vide central avec un filet tendu. Cette proposition permet de libérer la passerelle d’un élément vertical intérieur et de conserver une vue directe sur l’eau par le vide central.
L’idée de proposer des ouvrages complémentaires est à la fois une réponse à la demande de la maitrise d’ouvrage de permettre l’observation de la cascade depuis son pied mais aussi la volonté de l’équipe d’offrir aux visiteurs une expérience complémentaire à la passerelle.
Ce complément prend la forme d’un cheminement à flanc de montagne permettant de descendre du sommet de la cascade jusqu’à son pied au plus près de la chute d’eau. L’équipe souhaite grâce à ce cheminement offrir aux visiteurs de ce lieu d’exception une autre façon de découvrir la cascade en complément de la passerelle. Pour cela, le cheminement vers le pied de la cascade doit rendre possible des pauses pour permettre l’observation de la cascade. La réponse à cette nécessité prend la forme de deux « champignons » répartis sur la hauteur de la cascade. Ces plateformes d’observation, par leur forme, s’intègrent au site grâce à un mimétisme avec un élément naturel connu de tous : les champignons présents sur les troncs des arbres. Depuis ces « champignons » de contemplation, les visiteurs expérimentent d’une nouvelle façon la cascade : proximité avec l’eau, prise en compte de la hauteur de la chute, de la vitesse et de la force de l’eau… Ils offrent aussi un point de vue intéressant sur les petites cascades secondaires.
Toujours dans l’idée de proposer aux visiteurs du site de nouvelles façons de découvrir la cascade d’ardent et ses alentours, L’équipe a complété son projet par l’ajout d’un « champignon » d’observation en bordure de la route D228. Placé au niveau de la sortie amont du paravalanche, cet ouvrage aménage l’actuel point de vue sauvage existant en l’intégrant dans le cadre global de l’ensemble du site.